« La peur d’une récidive ne me quitte pas. Elle est là, tous les jours. »
À 22 ans, Julia Schwarz voulait devenir vétérinaire. Une tumeur à la cuisse l’a amenée à prendre une autre voie. Dix ans plus tard, elle travaille à la Ligue contre le cancer comme spécialiste du dépistage. Elle n’a pas pour autant rayé les animaux de sa vie.
Sarcome synovial : le diagnostic est tombé en 2013, entre deux examens de médecine vétérinaire. J’ai tout de suite annulé la deuxième épreuve. J’étais consciente que ce qui m’attendait exigerait toutes mes forces. J’étais choquée et paralysée par la peur ; j’avais tout juste 22 ans.
La tumeur à la cuisse était tellement compacte qu’elle appuyait sur le nerf sciatique. Heureusement, car sans ces douleurs, je ne serais peut-être même pas allée chez le médecin. Ma première réaction a été la suivante : enlevez ce corps étranger au plus vite. La zone a déjà été irradiée durant l’opération. Par sécurité, j’ai aussi subi une chimiothérapie par la suite.
Ce qui est traître, c’est que lorsque la tumeur était encore là, j’avais des douleurs, mais sinon, je me sentais en forme. Pendant le traitement, j’étais mal. J’avais constamment des nausées après la chimiothérapie. Des années après, j’éprouvais encore ce sentiment de malaise lors des contrôles à l’Hôpital de l’Île.
Durant mon temps libre, j’ai surtout puisé des forces auprès du cheval dont je m’occupe, Molinero. Mon compagnon a bien pris soin de moi ; heureusement, il ne m’a pas traitée comme si j’allais mourir.
Une partie du muscle a dû être enlevée et je boite légèrement. Du côté droit, j’avais un immense trou dans la fesse, ce qui me dérangeait visuellement et entraînait des douleurs en position assise. Je me suis donc fait injecter de la graisse dans la fesse. À présent, on ne voit plus qu’un creux discret et une tache plus claire à cause de la radiothérapie.
Avant la thérapie, j’aurais pu faire prélever et congeler des ovocytes en vue d’une grossesse ultérieure. Mais je ne ressentais et ne ressens toujours pas le désir d’avoir un enfant. Avec ma formation médicale, je vois les choses de façon pragmatique : transmettre mes gènes ne serait pas forcément une bonne idée.
J’ai passé l’examen que j’avais annulé à l’université et tous les suivants. Aujourd’hui, je dirige encore un projet de recherche en santé animale et je prodigue des soins ostéopathiques à des chevaux durant mon temps libre. Mais je ne veux pas travailler comme vétérinaire à 100 % ; ma vie privée en souffrirait.
Ce n’est pas un hasard si je travaille à la Ligue contre le cancer depuis l’été 2023. En tant que spécialiste du dépistage, j’ai le sentiment de lutter activement contre la maladie. Lorsqu’une histoire me touche trop, j’enfile ma « tenue de médecin » pour prendre de la distance.
Grâce à votre aide inestimable, la Ligue contre le cancer soutient les personnes concernées, leur donne espoir et fait progresser la recherche scientifique. Votre don fait la différence – pour moi et pour tant d’autres personnes frappées par la maladie. Du fond du cœur, merci de votre précieux engagement !